Histoire de l’héraldique en Ukraine
L’époque lituano-polonaise
À PARTIR de la seconde moitié du XIIIe siècle, les principautés issues de l’éclatement de la Rus’ de Kyiv passent sous la suzeraineté du khanat de la Horde d’Or au sud et du Grand-Duché de Lituanie à l’est. Entre 1365 et 1370, Kyiv est conquise par la Lituanie, et en 1398 la frontière entre celle-ci et la Horde d’Or est fixée sur le Dniepr. Parallèlement, l’ancienne aristocratie des principautés ruthènes est progressivement intégrée à la noblesse lituanienne.
Les familles dirigeantes de ces principautés autonomes (Tcherniguiv, Kyiv, Novgorod-Siversk, Galicie), souvent issues de l’aristocratie lituanienne, adoptent alors des armoiries de style occidental. Sous l’influence des communautés étrangères installées sur les terres ukrainiennes (notamment allemandes), ces armoiries font largement appel aux figures du lion et de l’aigle. Les princes de Galicie adoptent ainsi le lion dès le XIVe siècle, tout en utilisant également l’aigle bicéphale. Dans le même temps, les villes ukrainiennes se dotent d’armoiries, comme Sanok (1339), Lviv (1356), Kamianets-Podilskyï (1374), Loutsk (1432), Smotrytch (1448) et Kyiv (1497).
En 1569, le Grand-Duché de Lituanie s’unit au Royaume de Pologne pour former un État fédéral : la République des Deux Nations. Ce nouvel ensemble, gouverné par une Diète commune (Sejm), se caractérise par le rôle prédominant de la noblesse (szlachta), qui englobe aussi bien la haute noblesse que la petite noblesse. L’intégration des élites ruthènes et lituaniennes dans la szlachta s’accompagne de l’attribution de blasons, souvent octroyés par le roi et conformes aux usages de l’héraldique polonaise, marquée notamment par le partage d’un même blason entre de nombreuses familles, parfois très nombreuses.
Ces emblèmes « concédés » sont rarement liés à l’histoire locale et représentent le plus souvent des étoiles, des armes ou des croix. Toutefois, certains symboles plus anciens sont conservés, comme le croissant et la croix (évoquant la lutte entre chrétiens et musulmans), la forteresse (symbole d’autonomie urbaine) ou encore des figures de saints protecteurs.